Parler anglais au Québec : les pièges du franglais

Au Québec, l'anglais n'est jamais très loin. On l'entend à la radio, dans les séries, dans les réunions avec le bureau de Toronto, et dans le français de tous les jours : on « book » un rendez-vous, on a une « deadline », on trouve un film « le fun ». Paradoxalement, cette proximité peut compliquer les choses quand vient le temps de parler anglais au Québec pour vrai, au travail ou en entrevue. Certains mots semblent anglais mais ne veulent pas dire la même chose, d'autres gardent une prononciation bien québécoise. Ce guide passe en revue ces pièges du franglais, sans caricature, et propose une façon concrète de les corriger grâce à la pratique efficace de l'anglais oral.
Si vous cherchez plutôt les erreurs de prononciation communes à tous les francophones (le « h », les voyelles longues, l'accent tonique), elles sont détaillées dans notre article sur les erreurs de prononciation en anglais des francophones. Ici, on se concentre sur ce qui est propre au Québec.
Le bon côté : les anglicismes qui sont du bon anglais
Commençons par une nouvelle rassurante. Beaucoup d'expressions qu'on corrige en français parce que ce sont des anglicismes sont… parfaitement correctes en anglais. Vous pouvez les utiliser sans crainte :
- I'm in charge of the project (« être en charge de »)
- We need to address this issue (« adresser un problème »)
- She sits on the board (« siéger sur un comité »)
- I'll get back to you on that (« je vais te revenir là-dessus »)
- We're due for a raise (« être dû pour »)
C'est un vrai avantage par rapport à un francophone d'Europe : votre français québécois vous a déjà donné une partie des tournures idiomatiques de l'anglais. Le problème vient d'ailleurs.
Parler anglais au Québec : les calques qui trahissent
Un calque, c'est une expression traduite mot à mot. En voici quelques-uns qu'on entend souvent dans les bureaux québécois quand on passe à l'anglais.
Les prépositions
- « Appliquer sur un poste » donne « I applied on this job ». En anglais : I applied for this position.
- « Être en vacances » donne « I'm in vacation ». En anglais : I'm on vacation.
- « Dépendre de » donne « It depends of ». En anglais : It depends on.
Les faux amis du bureau
- « Assister à une réunion » ne se dit pas assist (aider), mais attend a meeting.
- Une « formation », c'est un training ou un course. Formation en anglais désigne surtout une formation géologique ou militaire.
- Un « stage », c'est un internship. Stage veut dire « scène » ou « étape ».
- L'« agenda » québécois (le carnet ou le calendrier) se dit planner ou calendar. En anglais, l'agenda d'une réunion, c'est l'ordre du jour.
- « Actuellement » se dit currently. Actually signifie « en fait ».
- « Éventuellement » se dit possibly. Eventually signifie « finalement, à terme ».
Les mots québécois qui ont changé de sens
Certains mots ont été empruntés à l'anglais il y a longtemps, puis ont pris une vie propre au Québec :
- « Mon chum » veut dire mon copain ou mon ami de gars. En anglais moderne, chum existe mais sonne vieilli, et ne veut jamais dire « partenaire amoureux ». Dites my boyfriend, my partner ou my buddy.
- « C'est full bon » : en anglais, full ne veut pas dire « très ». Dites it's really good ou it's super good.
- « C'est le fun » : en anglais, on dit it's fun, sans article. Et the fun désigne le plaisir lui-même, pas la qualité d'une activité.
Les emprunts « à la québécoise » qui suivent dans votre anglais
Voici un piège plus subtil. Des mots comme weekend, parking, meeting, cute ou fun font partie du français québécois courant, avec une prononciation adaptée au français. Le jour où vous parlez anglais, votre bouche reprend spontanément cette version québécoise, parce que c'est celle que vous avez dite des milliers de fois.
- Fun : au Québec, on entend souvent une voyelle proche de « fonne ». En anglais, la voyelle /ʌ/ est plus courte et plus ouverte, comme le « eu » relâché de but ou much.
- Parking, meeting : la finale -ing devient souvent « -inne » ou « -ine ». En anglais, c'est le son /ŋ/, produit au fond de la bouche, comme dans sing, sans « g » dur à la fin. Et l'accent tombe sur la première syllabe : PAR-king, MEE-ting.
- Weekend : le « ee » anglais est un /iː/ long et tendu, et le « d » final se prononce. Un « oui-kenne » à la française perd les deux.
- Cute : le « t » final doit s'entendre, sinon cute se rapproche de queue.
- Schedule : « céduler » a laissé une trace. En anglais nord-américain, on dit « SKÈ-djoul », avec un son /sk/ au début.
Ces mots sont faciles à corriger justement parce que vous les connaissez déjà. Il suffit de les « réapprendre » à l'oreille, en les entendant dans la bouche d'un anglophone. Et si le « th » de think ou this vous résiste aussi, notre guide pour prononcer le th en anglais s'en occupe.
« Je comprends tout, mais je bloque à l'oral »
C'est probablement la phrase qu'on entend le plus chez les Québécois, surtout à Montréal. Vous comprenez vos collègues anglophones, vous suivez une série sans sous-titres, vous lisez vos courriels en anglais sans effort… mais dès qu'il faut répondre, les mots arrivent lentement.
L'explication est simple : la compréhension et la production sont deux compétences différentes. Des années d'exposition passive (radio, télé, musique, conversations entendues dans le métro) ont entraîné votre oreille, pas votre bouche. Votre cerveau reconnaît « Can you send me the deck before the call? » instantanément, mais n'a jamais eu à fabriquer cette phrase lui-même.
Regarder plus de séries n'y changera pas grand-chose. Il faut transformer l'écoute en parole, et c'est précisément ce que fait le shadowing. Notre article pour apprendre l'anglais avec des séries de façon active explique comment passer du visionnage passif à la répétition à voix haute.
Le code-switching : un atout, mais aussi une béquille
À Montréal, passer d'une langue à l'autre dans la même conversation est tout à fait normal. Le fameux « Bonjour-Hi » en est le symbole. C'est une vraie richesse, mais elle a un effet secondaire : dès que vous hésitez, quelqu'un bascule en français pour vous aider, ou vous basculez vous-même. Résultat, vous ne pratiquez jamais les moments difficiles, ceux où il faut trouver une formulation sans filet.
Quelques réflexes pour en profiter sans vous y enfermer :
- Demandez qu'on reste en anglais : « Do you mind if we keep going in English? I'm trying to practise. » La plupart des collègues seront ravis.
- Ne remplacez pas le mot manquant par le mot français. Décrivez-le plutôt : « the document we sign at the end of the year, you know, for taxes ». Ça développe exactement l'aisance qui vous manque.
- Préparez vos phrases « de survie » : How do you say…?, What's the word for…?, Let me rephrase that.
Un plan de 3 semaines pour corriger le franglais
Comptez 15 à 20 minutes par jour.
Semaine 1 : repérer
- Enregistrez-vous deux minutes en train de raconter votre journée de travail en anglais.
- Réécoutez et notez chaque calque, faux ami ou emprunt prononcé « à la québécoise ».
- Faites du shadowing sur des dialogues de bureau simples, comme ces échanges du quotidien au bureau, sans précipitation.
Semaine 2 : remplacer
- Pour chaque erreur notée, trouvez la phrase correcte dans une vidéo et répétez-la en shadowing dix fois.
- Travaillez les échanges informels avec cette vidéo sur le small talk réussi au travail, et cette séance de shadowing d'anglais quotidien au travail.
- Explorez aussi les vidéos de conversation courante et les vidéos de niveau B1 si vous débutez à l'oral.
Semaine 3 : s'exposer à l'anglais canadien
- Écoutez des anglophones canadiens : leur prononciation est celle que vous entendrez le plus au travail. Cette vidéo sur l'anglais canadien et son accent est un bon point de départ.
- Vous visez un poste bilingue au fédéral ? Ces mêmes réflexes comptent au test oral ELS en anglais, où l'évaluateur juge votre aisance à parler de votre travail.
- Variez les voix avec des vlogues et témoignages du quotidien, où l'on parle naturellement.
- Refaites l'enregistrement de la semaine 1 et comparez. Le nombre de calques devrait avoir nettement baissé.
Corrigez votre franglais sur ShadowingEnglish
Sur ShadowingEnglish, chaque vidéo est découpée phrase par phrase : vous écoutez un anglophone, vous répétez, vous vous enregistrez. L'IA note votre prononciation et fait une analyse son par son, ce qui montre tout de suite si votre parking finit encore en « -inne » ou si votre fun sonne québécois. Vous comprenez déjà l'anglais ; il reste à le faire passer de l'oreille à la bouche. Choisissez une vidéo de la vie au bureau et lancez votre première séance dès aujourd'hui.
